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Yayoi Kusama : l’art, la mode, le soi

 

visionaryartistrymag.com

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Buck the establishment!

Why dress like other people?

Haven’t you a personality?

Express it!

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C’est avec ces lignes que Yayoi Kusama annonçait en 1968 à la presse l’ouverture de la Kusama Fashion Company Ltd. Après avoir laissé sa marque en tant qu’artiste, voilà que la grande prêtresse autoproclamée des petits pois devenait, sans le savoir, l’une des pionnières de la mode d’avant-garde japonaise.

Yayoi Kusama s’était établie en tant qu’artiste importante de l’avant-garde new-yorkaise dans les années 60. Son obsession pour les petits pois, sa signature, l’a suivi tout au long de sa carrière.

aaa.org.hk

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Ses célèbres autoportraits la montrent recouverte de petits pois dans un décor au même motif et ses impressionnantes salles d’installations sont d’autant plus spectaculaires : citrouilles et fleurs géantes côtoient objets de la vie courante, dans des décors lumineux rappelant l’infini, le tout, vous l’aurez deviné, picoté.

artnet.com

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Les collections de la Kusama Fashion Company Ltd. incluaient des créations recouvertes de petits pois ou, inversement, de trous. Les clients les plus audacieux pouvaient également repartir avec des pantalons transparents, des tuniques ne montrant que les seins, des robes pour hommes et des vêtements pour deux personnes, créées avec l’intention de « rassembler les gens ». Elle a d’ailleurs créé une robe de mariage conçue pour deux hommes à l’occasion de leur union non officielle, cérémonie qu’elle officia elle-même avec un annuaire téléphonique de New York en guise de Bible (rappelons que nous sommes en 1968!).

gravelandgold.com

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« Une robe de soirée avec des trous découpés à la hauteur des seins et du derrière pouvait se vendre pour autant que 1 200 $ » raconte-t-elle dans son autobiographie, tandis qu’une robe pour vingt-cinq personnes coûtait 2 000 $. La Homo Dress, de son côté, possédait une ouverture placée stratégiquement à la hauteur des fesses et ne coûtait que 15 $.

Ses créations, en particulier ses robes transparentes, furent rapidement populaires auprès du gratin new-yorkais possédant un goût pour la provocation. Les périodiques se plaisaient à se demander s’il s’agissait d’art ou de mode et l’artiste se plaisait à entretenir le flou.

Près d’un demi-siècle plus tard, Yayoi Kusama et ses emblématiques petits pois sont portés au statut d’icône, inspirant bon nombre de designers.

Louis Vuitton a collaboré avec l’artiste pour sa collection printemps 2012 et George Clooney n’a pas hésité à lui rendre hommage dans W magazine. Ses petits pois auront orné des gloss Lancôme et une collection UNIQLO et ses impressionnantes installations picotées peuvent être admirées partout dans le monde.

businessoffashion.com

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Princesse des petits pois

Elle appelle self-obliteration (l’effacement du soi) son procédé consistant à recouvrir compulsivement ses sujets de petits pois : des toiles et des objets de la vie courante, mais aussi des arbres, des animaux et, bien entendu, des corps.

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Avec ces constellations de petits pois, tout ne devient qu’un. Elle y voit un symbole de la lune, du soleil et des étoiles, mais aussi de l’infini. Par surprenant que son célèbre imprimé ait été choisi par Marc Jacob pour sa collection : ornés de petits pois, les chaussures, sacs et robes de la collection deviennent sans contredit intemporels.

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Maintenant âgée de 84 ans, Kusama continue de produire peintures psychédéliques et autoportraits délirants. D’ailleurs, dans sa vie de tous les jours, elle est  invariablement vêtue des tuniques à pois de ses autoportraits,  brouillant toujours davantage les frontières entre l’art et le soi.