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Saeng Outhipvongxay: Portrait d’un bâtisseur

«Si l’eau stagne, elle pourrit, si l’eau coule, elle est claire». Ceci résume bien la personnalité de Saeng Outhipvongxay, jeune entrepreneur et propriétaire du Saint Sushi Bar.

Vous connaissez déjà le restaurant: un tas d’articles ont été écrits sur  la qualité du service et l’excellente atmosphère qui y règnent. Laissez-moi vous faire découvrir l’homme derrière l’entreprise et le cheminement qui l’a mené au succès.

Origine, premières années

Né au Laos, d’un père médecin et d’une mère infirmière, on pourrait croire que Saeng était destiné à la réussite. Toutefois, lors de l’année de son 1er anniversaire, ses parents sont déménagés en Thaïlande, dans un camp de réfugiés. Jusqu’à l’âge de 9 ans, Saeng et sa famille sont restés en Thaïlande, pour ensuite s’installer au Canada.

Après 2 ans de classe d’accueil, le jeune Laotien a pu accéder aux classes régulières .

Deux parents ne parlant pas la langue du pays d’accueil mais étants par ailleurs, hautement éduqués dans un autre système, ont du faire de leur mieux pour subvenir aux besoins de la famille (4 enfants et  deux adultes!) Ils se sont donc retrouvés à travailler au salaire minimum, en usine.

Ce renversement de situation a inculqué chez Saeng la nécessité de travailler fort. Dès l’âge de 15 ans il ramène un salaire à la maison. Il développe donc son indépendance et son respect envers le travail. Cette attitude va le mener loin!

Études, monde du travail

Diplômé en ingénierie mécanique, il s’y connaît en résolution de problèmes, capacité utile en tant que gestionnaire de restaurant. Tout a commencé par le Tri-Express où il a travaillé pendant 7 ans. Progressant tranquillement de plongeur à gérant de salle, il reconnaît la valeur de chaque poste occupé pour le bon fonctionnement d’un commerce. « Si tu marches tout seul tu vas loin, si tu marches en groupe, tu marches longtemps».

Après son départ du Tri-Express, Saeng décide d’ouvrir son restaurant, pour continuer à vivre de sa passion et soutenir ses parents.

Les banques refusant de financer un restaurant (trop risqué), Saeng sort l’argent de ses poches et emprunte à ses parents. Ayant toujours vécu modestement, il a pu amasser une bonne somme.

La recherche du local a été une longue péripétie de 6 mois. Chaque matin, levé à 8 h, il allait chercher son romados et faisait le tour de Montréal en auto. Rejets, propositions farfelues étaient au rendez-vous! Un propriétaire lui a demandé de signer un bail de 10 ans.  Ou l’autre propriétaire qui lui a demandé d’investir 100 000$ dans la rénovation…

Saeng ne s’est pas découragé. L’image de ses parents retraités lui a servi de carburant.  Il  finit par  trouver un petit local à louer sur Duluth. Il rencontre le propriétaire et s’imagine déjà entrain de rénover la place.  Il est prêt.

Semaine suivante, le bail est signé. Ne pouvant pas se payer les rénovations, Youtube à la rescousse! Il a pu retaper le plancher, le plafond, les murs, avec l’aide de son père la fin de semaine. Travail intense et rigoureux pendant 2 mois et demi. L’épuisement l’a évidement rattrapé, il a donc prit 4 jours de congé…

Ouverture, réalisations

Le 21 janvier 2013, ouverture officielle du Saint Sushi Bar! La soirée de lancement a été un réel succès!  Famille, amis et connaissances (entre 60 à 70 personnes) se sont présentées pour apporter leur support.

Le lendemain, la réalité l’a rattrapé.  Les affaires ont été très lentes pendant 5 mois. La période après le temps des fêtes est dure pour tout le monde.

Les choses se sont améliorées tranquillement à partir du printemps. Les autres restos étant remplis, les gens se sont dirigés là où il y avait de la place. Saint Sushi Bar, petite place low-key en a surpris plus d’un. Le bouche à oreille y a mené une clientèle fidèle et florissante.

Lentement, mais sûrement, ce charmant restaurant s’est fait une réputation et a finalement intéressé les médias.

Vision, philosophie de vie

Non seulement le service est de haute qualité, mais l’équipe est très chaleureuse et dynamique. L’équipe travaille fort tout en prenant le temps de s’amuser.  Ceci est important pour Saeng. Plusieurs membres de son équipe font partis de son cercle personnel. Ses amis travaillent avec lui. Certains de ses collègues sont dans sa vie depuis une quinzaine d’années.

Saeng gère son équipe avec équité. Son style de gestion reflète ses valeurs personnelles: l’entraide, le respect des autres, le soucis du travail bien fait, l’engagement, ainsi que la débrouillardise. Tout autant de qualités qui mènent au succès. Ainsi, il veut absolument s’assurer que les gens qui travaillent pour lui sont sérieux. Tout appliquant extérieur à son cercle doit démontrer sa volonté de travailler, ainsi que sa patience.  Avis aux intéressés: je vais vous laisser découvrir comment!

Projets futurs

Un être satisfait ça existe? Veut-on toujours aller plus loin? Que reste-il à faire? Pour Saeng ce n’est définitivement pas terminé. Il est content de ce qui a été accompli jusqu’à présent. Il aimerait ouvrir d’autres commerces et investir dans ces nouveaux projets avec les membres de son équipe. Il veut donner la possibilité aux autres d’êtres des entrepreneurs en plus d’être employés.

Un autre point très important pour lui, il veut acheter un bâtiment multi-familial, dans lequel il pourra loger à proximité de ses parents.

Il est admirable de voir quelqu’un se battre pour réaliser ses rêves et y arriver, sans compromettre ses valeurs. S’adapter, innover et persévérer est-ce la recette du succès? Rien n’est garanti, nous avons chacun un chemin à suivre, et la seule constance dans la vie est le changement, autant suivre le courant, et ne pas stagner n’est-ce pas?

Si ce n’est déjà fait, allez rendre visite à Saeng et à son équipe pour un bon plat de sushis. Vous ne le regretterez pas!

Saint Sushi Bar

424, Avenue Duluth Est, Montréal

Crédit photo: Régis Konan

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