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Nzela: le chemin de Kizaba

«La scène c’est ma maison!» Je me souviens de la première fois où je l’ai vu. C’était lors d’une performance au Ministère, dans le cadre du Festival Nuits d’Afrique. Il était le batteur d’Afrotronix. Je me suis posé la question: «Qui est ce gars qui n’arrête pas de sourire? Il a vraiment l’air de s’amuser!»  En fait, Lionel Kizaba aka Kizaba  est chez lui partout. À l’aise, sociable,  jovial, rien ne semble l’affecter. Laissez-moi vous faire part de son parcours. 

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Les débuts

Ses parents voulaient qu’il devienne médecin. Toutefois, dès l’âge de 5 ans, il a commencé à jouer de la batterie. Ayant grandi dans une famille de musiciens, il était destiné à suivre ce chemin avec brio. Sa grand-mère qui s’est occupée de lui ainsi que de ses frères et sœurs à la suite du décès de leurs parents, a grandement influencé son côté musical.

Sa chère grand-maman est partie au début de 2017, à l’âge de 95 ans. Kizaba est très affecté par cette perte car elle a été une forte influence dans sa vie, non seulement comme figure parentale mais en tant qu’inspiration musicale. Tout petit, Lionel la voyait jouer le tambour traditionnel à l’église  et il l’accompagnait souvent à la plantation, -moments privilégiés au cours desquels ils chantaient ensemble-. Ce deuil lui a inspiré l’album Nzela qui veut dire: «chemin».  La chanson Ngema Meni Saya, lui est personnelle car elle parle  du chemin que sa grand-mère lui a montré.

Son enfance a été ponctuée de personnes qui l’ont aidé à suivre un parcours musical et à développer son talent naturel.  Sa grand-mère, et son oncle, (professeur de jazz à Washington), ont été ceux qui ont eu la plus grande influence!

Son oncle l’a exposé au jazz. Il lui a dit: «apprends le jazz, tu pourras tout faire». Cet apprentissage  lui a bien servi, car par la suite, il est devenu le batteur principal du groupe monté par son oncle. Vers l’âge de 7-8 ans, il voyageait déjà avec le band pour jouer dans des églises et des clubs.

Francos Kizaba

Sa musique

Il l’a développée en mélangeant la musique congolaise traditionnelle, au jazz et à l’électro.  Il a participé à son premier festival  international, Festival Bocomo d’Amsterdam, à l’âge de 12 ans! Ce fût le point de non retour!

Kizaba chante en lingala, en anglais, en français, et en kikongo. Il compose lui-même sa musique. L’inspiration lui vient à tous moments: dans sa voiture, en relaxant avec ses amis.  Des fois, il part aux toilettes et se met à travailler! Il n’a besoin que de son téléphone et c’est parti. Ces amis lui disent souvent : «Tu travailles tout le temps toi! C’est le moment de la pause!» Il ne peut pas s’arrêter, c’est plus fort que lui. Lors de notre entrevue, il m’a fait écouter 2 nouvelles créations. J’ai eu droit à des exclusivités! Les arrangements étaient très intéressants. Avec des influences musicales comme  David Guetta, Papa Wemba, Daft Punk,  Stromae et Michael Jackson, je ne suis pas surprise!

Il aime chanter sur les choses de la vie quotidienne, l’amour, et la politique. Une de ses chansons nommée Congo Vivant, parle de la situation de son pays d’origine. «Le Congo est l’un des pays les plus riches en matières de ressources naturelles, mais le gouvernement ne fait rien pour la population. » À travers sa musique, il veut montrer une nouvelle image de l’Afrique. On peut dire que c’est du Pop africain!

Projets et arrivée au Canada

Au cours de son adolescence, Kizaba s’est démarqué en tant que leader. En 2009 et 2010, il est devenu batteur et responsable de l’ensemble des musiciens et de la musique pour le concours Vodacom Superstar, (similaire à Star Académie ici au Québec). Ce projet a été endossé par Akon, pour aider la jeunesse au Congo.

En  2011,  Kizaba décide de s’installer à Montréal. Pendant 2 mois, il travaille en manufacture mais s’avoue très vite que ce travail n’est pas pour lui. Il quitte et 3 mois après son arrivée, il travaille avec les artistes Sébastien Lacombe, Manu Militari, Mario Saint-Amand, Mehdi Napti et Afrotronix. Il participe aux albums de ces artistes en tant que batteur. Cette intégration spectaculaire est due à son enthousiasme, son énergie et son entregent. De type extraverti, il n’hésite pas à approcher les gens, à former des connexions et à entreprendre  des collaborations musicales.

En 2011, Lionel crée son groupe AfriKeleKtro, mélange de musique électronique et de sons traditionnels du Congo, ce qu’il appelle de  l’Afrobeat. Ce groupe a reçu plusieurs prix, entre autre une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec, ainsi que le prix coup de coeur de Diversité artistique Montréal dans le cadre de la Vitrine des musiques locales métissées. Grâce à son travail acharné ainsi qu’à son talent,  Kizaba a amené AfriKeleKtro à performer dans plusieurs festivals au Québec ainsi qu’en Ontario. Malgré tout ce succès,  les choses n’allaient pas assez vite pour lui, il a donc décidé de créer son projet solo.

En 2017,  Nzela est né.  L’album de 8 pièces combinant la musique house traditionnelle et le son congolais,  est tout-à-fait surprenant par l’agencement harmonieux de  types musicaux si opposés!

Le futur 

Kizaba a plusieurs autres projets en tête. Fanatique de mode, il aimerait ouvrir sa boutique de vêtements bientôt. Pour le moment, il veut continuer les tournées (il adore cela), il voudrait conquérir l’Asie, les États-unis, L’Europe et enfin retourner en Afrique (trouver les villages les plus reculés et jouer pour les habitants). Il y aura probablement un autre album pour 2019, Nzela 2. Tranquillement, le chemin continue à se tracer…KIZABA- Photo par Yanissa Grand-Pierre

Crédit photo Yanissa Grand-Pierre et Peter Graham

Performances

Maison de la culture le 22 septembre 2018

Pop Montréal le 27 septembre 2018

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