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Genre et Mode : L’évolution du style unisexe

La mode : phénomène de libération

Depuis que le vêtement ne détient plus le rôle principal d’imposer des distinctions sociales entre individus, il y a eu la naissance du concept de la démocratisation de la mode. Le vêtement perd donc sa fonction unique de différenciation des positions sociales et devient le symbole de la libération individuelle. Aujourd’hui, cette latitude au niveau du choix vestimentaire s’étend jusqu’à l’expression de l’identité sexuelle grâce à la mode unisexe.

En fait, l’idéologie d’égalité entre individus présente dans les sociétés démocratiques modernes a ainsi contribué en quelque sorte à l’idée du style individuel, au gommage des rôles sociaux stéréotypés et à la liberté d’expression des fashionistas d’aujourd’hui.

Cette révolution de la mode à travers les siècles jusqu’à notre représentation contemporaine de celle-ci n’est pas le résultat d’une progression d’étapes successives et évolutives sans rebondissements ou régressions. Non. Il y a eu autant de façons de se définir par le port du vêtement, que l’on soit un homme ou une femme, qu’il y a eu de changements sociaux, culturels et politiques. Chacune de ses transformations collectives ayant une importante influence au niveau des mouvements de contestation vestimentaire et de la remise en question du dimorphisme sexuel.

Histoire et mode androgyne

Pour ne nommer que quelques exemples d’influences historiques, le « dandysme » est né avec la critique du style bourgeois trop austère et sombre. Les dandys, pour qui « paraître, c’est être », revendiquaient le droit, comme les femmes, de s’habiller avec faste et élégance. Aussi, avec l’apparition, dès la fin du XIXe siècle, de diverses activités sportives pratiquées par les femmes, le besoin d’un vêtement plus adapté, plus fonctionnel et permettant la liberté de mouvement a incité un rapprochement avec le vêtement masculin. Évidemment, d’autres moments clés ont eu un rôle important dans cette révolution vers la tendance unisexe : l’abandon du corset, la mode garçonne des années folles, le changement de la structure de la mode haute couture en phénomène de masse, le jean porté par tous, l’androgynie des années 60, le mouvement féministe et le phénomène des modèles androgynes jusqu’à l’apparition, plus récemment, des mannequins transgenre.

À travers l’histoire, beaucoup de ces tentatives de contestation du dimorphisme sexuel et de rapprochement des genres n’ont pas toujours eu de grandes répercussions. La plupart du temps, la femme ne s’est pas virilisée, mais a plutôt enrichi son vestiaire de pièces masculines le plus souvent adaptées à sa morphologie, qui ne sont qu’une autre manière de dire la féminité. À l’inverse, il s’agit surtout d’éléments réservés aux vêtements de femmes qui sont passés dans ceux des hommes : les couleurs vives, les matières (satin, soie), les formes plus souples et les accessoires (bijoux, sacs). Mais il y a eu par la suite des créateurs qui ont voulu briser les conventions et, donc, certains visionnaires ont eu l’audace de nous proposer une autre vision de la mode…

Photo : Dariane Sanche

Photo : Dariane Sanche

Créateurs qui osent confondre les genres

Les premiers créateurs responsables de proposer cette vision de la mode qui tente à brouiller les genres en uniformisant les vêtements sont Coco Chanel, Yves Saint-Laurent, Jacques Esterel (qui crée une collection entièrement unisexe dans les années 1970), Jean-Paul Gaultier, etc. Ce sont quelques figures marquantes et précurseurs de nos designers influents contemporains.

Pour ce qui est des inspirations actuelles, le mouvement hip-hop des années 90, suivi du streetwear et du minimalisme ont eux aussi fort influencé notre interprétation du look typiquement masculin ou féminin. Entre autres, quelques exemples de designers plus près de nous, Rad Hourani et Pedram Karimi proposent des pièces asexuées et des classiques unisexes pour une clientèle anticonformiste. Travis Taddeo aussi s’inspire du street wear chic avec ses récentes collections unisexes à la fois minimales et avant-gardistes.

À travers le temps, la mode a donc été, en quelque sorte, le miroir social d’un certain effacement graduel, progressif, mais non complet, d’une définition nette du genre homme vs femme. Cette dissipation des limites de l’identité sexuelle se traduit plus tangiblement aujourd’hui par la tendance de mode unisexe, qui peut autant être expliquée par des actes politiques qu’un refus de se plier aux normes sociales. Mais la mode unisexe n’est pas tout simplement l’échange des images sociales : l’homme ne s’habille pas en femme et la femme en homme. Ils trouvent un point où les deux styles se retrouvent…

Maintenant, nous pouvons nous questionner sur le rôle de cette uniformisation du style : Est-ce que cela contribue au combat pour l’égalité des sexes? Ou bien, est-ce en réalité un moyen de masquer les réels enjeux à travers la négation du genre?

Qu’en pensez-vous?

Mannequin : Jade Vaillancourt