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Espoirs et difficultés d’un immigrant

Partir pour l’inconnu

Pourquoi quitter son pays? Mes parents ont quitté leur terre natale dans l’espoir d’une meilleure vie au Canada, comme en rêve de nombreux immigrants. Le choix de destination : Toronto. Partir pour l’inconnu, avec des très jeunes enfants, c’est courageux, mais surtout effrayant. Mon frère avait à peine 2 ans et moi j’étais encore un tout petit bébé.

L’adaptation à cette nouvelle vie n’a pas été facile. Mes parents ne parlaient pas du tout l’anglais. Financièrement et socialement, ils ont vécus un peu de difficultés. Comme la plupart des nouveaux arrivants, ils ont ressentis un choc culturel. En plus, ils ont dû affronter la neige et le climat glacial pour la première fois.

Pour les enfants, c’était plus facile puisque nous n’avions pas connus une autre vie que celle-là. Quand nous avons commencé l’école, nous avons appris facilement la langue et nous nous sommes fait des amis de toutes origines, puisque nous étions dans un milieu très multiculturel. Bref, nous étions bien intégrés. Les choses se sont compliquées lorsque mes parents ont décidé de déménager à nouveau, cette fois, en banlieue de Montréal.

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Source: collectionscanada.gc.ca

Vivre une perte

En fait, les enfants, comme les adultes, vivent des changements, des pertes, des aventures, des gains et des découvertes à travers l’immigration. Cependant, on oublie trop souvent qu’ils vivent cette expérience à leur rythme, en fonction de leur propre bagage d’expériences et d’émotions.

J’ai vécu ce changement comme une grande perte. Je laissais derrière moi tous mes amis. J’avais 10 ans et ne parlais que quelques mots de français. Effectivement, cette barrière linguistique en arrivant dans une nouvelle école peut être vécue comme une forme de déqualification et entraîner une rétrogradation scolaire. C’était malheureusement le cas pour le plus âgé d’entre nous. Dans mon cas, j’avais d’excellents résultats à Toronto. Par contre, j’ai eu à réapprendre certaines notions, même en mathématique (une matière dans laquelle j’excellais) à faute de comprendre la résolution de problèmes, entre autres.

Arriver dans le système éducatif du Québec sans parler français et être obligé de suivre le programme d’études régulier avec des élèves francophones, il y a de quoi se sentir incompétent.   

Être accepté, compris, intégré

De plus, j’ai vécu, comme plusieurs, un sentiment d’exclusion en me retrouvant dans une école très francophone où il y avait très peu, voire presque aucun enfant « différent ». Le fait de ne pas comprendre son entourage et de ne pas être compris représente un obstacle important à l’intégration.

La gêne, l’isolement et le rejet sont des sentiments qui habitent trop souvent les nouveaux arrivants. Cette séparation avec leur cercle social est souvent vécue comme un drame par les jeunes qui n’ont pas choisi cette nouvelle vie. Se faire des nouveaux amis à l’âge crucial où l’enfant se cherche et forge son identité est un défi de taille, mais une nécessité à l’équilibre affectif.

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Source: blogs.vancouversun.com

Identité personnelle, culturelle et sociale

Qui est l’immigrant? Une question que je me pose encore. Je ne m’identifie pas vraiment à mon pays d’origine, n’y ayant pas vécu. J’ai en quelque sorte perdu mon identité anglophone, mais ici, je ne suis pas considérée québécoise. Pour l’immigrant, on pourrait croire qu’il y a deux possibilités: soit on s’identifie à notre entourage et on adopte nos nouvelles acquisitions culturelles comme si elles étaient nôtres, perdant ainsi le contact avec nos racines; ou bien, à l’opposé on « s’étouffe » dans un folklorisme servant de refuge. Pourtant, c’est beaucoup plus complexe…

La réussite de l’intégration se traduit, je crois, par la capacité de se situer par rapport à cette double (ou dans mon cas triple) identité et d’atteindre le sentiment d’unicité qui transcende cette dualité. Il faut être soi-même et se sentir chez soi dans un nouveau milieu en intégrant un peu des deux (ou trois) univers culturels dans notre vie.

Évidemment, il y a tout de même du positif dans l’expérience de l’immigration : les nouveaux apprentissages, les expériences et les relations qui nous insèrent dans notre nouveau monde.

Alors, peu à peu les pertes sont compensées par tous ces gains.

Image prinicpale : collectionscanada.gc.ca